«Big Little Lies» : pourquoi la série n’a pas trouvé son public sur TF1

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Quel est le secret d’un carton d’audience? Toutes les chaînes aimeraient avoir la recette. Et TF1 encore plus après la diffusion de « Big Little Lies ». Annoncée comme « phénomène », avec un casting de rêve (Nicole Kidman, Reese Witherspoon, Laura Dern et Meryl Streep, entre autres), la formidable série de HBO, multirécompensée, diffusé d’abord sur OCS en 2017, a réalisé des audiences mitigées lors de ses deux premières soirées en prime time, sur la Une, les 25 août et 2 septembre.

Les histoires, bien plus sombres qu’il n’y paraît, de ces mères de famille dans la ville cossue de Monterey, en Californie, n’ont pas autant captivé les téléspectateurs qu’espéré : un peu plus de 3,7 millions de curieux en moyenne et 19,5 % de part d’audience pour les deux premiers épisodes, fin août, puis 2,5 millions de fidèles et 11,7 % pour les deux suivants, la semaine d’après, se plaçant à chaque fois deuxième, derrière « la Stagiaire », sur France 3, avec Michèle Bernier.

Au terme de la 1re saison qui s’achève ce mardi, la seconde sera programmée en deuxième partie de soirée, dès la semaine prochaine. La faute aux audiences ? « Il a toujours été prévu de la diffuser en seconde partie de soirée, assure la chaîne, qui relativise la déception et rappelle qu’il s’agissait pour elle d’un « pari », auquel de « très nombreux spectateurs ont répondu présent ». « Son exigence nous a toujours semblé plus en adéquation avec une programmation en seconde partie de soirée », ajoute-t-on du côté de TF1.

Avec « 29 % de part d’audience en moyenne sur les femmes responsables des achats (NDLR : cible préférée des annonceurs) » sur les cinq premiers épisodes, « la série réunit une très large audience auprès du public féminin », insiste TF1.

Il n’empêche. Un carton d’audience l’aurait certainement conforté en première partie de soirée. C’est d’ailleurs « Good Doctor » et ses 4 millions de téléspectateurs en moyenne l’an dernier qui viendront la remplacer sur cette tranche horaire, mardi prochain.

Sur Twitter, les fans de la série ne cachent pas leur déception. « Big Little Lies reléguée en deuxième partie de soirée faut d’audiences… Mais que veulent les Français? Pendant combien de temps on va continuer avec Camping Paradis et Joséphine ange gardien? », lâche Flo.

Comment expliquer que la série n’ait pas fait le plein ? « Moins grand public dans l’écriture, le rythme, elle prend du temps à s’installer », analyse d’emblée Sarah Sépulchre, professeur à l’université de Louvain (Belgique), spécialiste des séries. « Ce n’est pas une production qui vide le cerveau le soir en rentrant du boulot. Les gens n’ont peut-être pas envie de ça, ce n’est pas divertissant », tranche la chercheuse. Car les thèmes qu’elle aborde, le viol et les violences conjugales dans les milieux favorisés, sont loin d’être légers.

« Les gens ne sont pas prêts à ça, ils n’ont pas envie de se rendre compte que la violence est partout autour de nous. Ce sont des sujets difficiles à aborder d’autant plus en famille, le soir, devant la télé », estime Gaëlle Demare, militante du collectif féministe #NousToutes.

Un point de vue que partage Sarah Sépuchre. « Il y a probablement un décalage entre ce que le public pensait voir et ce qu’il a vu. S’il s’attendait à une sorte de Desperate Housewives version polar, là, on en est loin. »

Car ce qui rend cette série intéressante, au-delà de sa réalisation, c’est la façon dont elle aborde les violences conjugales. « C’est un regard tout en nuances, analyse l’universitaire, pas du tout manichéen, qui traduit bien l’emprise, la phase de déni et le fait que ça puisse se passer dans tous les milieux, même les plus privilégiés. C’est une série qui instille une tension, on a peur de ce qui peut arriver. On peut ressentir une vraie gêne en la regardant, ça peut être perturbant ». Alors elle interroge : « Peut-être aurait-il fallu l’accompagner d’un débat, d’une émission sur les violences conjugales ? »

Sur cette thématique, déjà, TF1 avait diffusé le téléfilm « Jacqueline Sauvage, c’était lui ou moi », en 2018, suivi d’un documentaire, carton d’audience de la chaîne avec 7,9 millions de téléspectateurs mais inspirées de la vraie histoire de cette femme qui avait fini par tuer son mari violent.

La chercheuse belge salue tout de même la diffusion de la série, une décision « incroyable » de la part de TF1. « C’est bien que la chaîne prenne des risques, sinon, ça ronronne, glisse-t-elle. Le public de la télévision est vieillissant, il faut aller chercher des nouveaux téléspectateurs, faire des tests. Et ça reste moins cher que de produire une série. »

Elle relativise aussi l’audience en demi-teinte. « Tout dépend ce qu’on attend, insiste la professeure. Deux millions de téléspectateurs qui ont pu découvrir un autre regard sur les violences conjugales, et si ces téléspectateurs sont en plus des jeunes, ce n’est pas un échec, mais plutôt un succès ! »

« Big Little Lies », série dramatique américaine de Jean-Marc Vallée, avec Reese Whiterspoon Nicole Kidman, Alexander Skarsgard, Zoé Kravitz, Meryl Streep…

Ce mardi soir à 21h05, saison 1 épisodes 6 et 7, et à 23 h 15, saison 2 épisode 1 (environ 50 minutes par épisode). En replay sur MYTF1.fr

Source: https://www.leparisien.fr/culture-loisirs/big-little-lies-pourquoi-la-serie-n-a-pas-trouve-son-public-sur-tf1-15-09-2020-8384871.php

Big Little Lies

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