Céline Cousteau : « L’écologie, cela ne peut pas être un parti politique »

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Cinéaste et engagée auprès des peuples d’Amazonie, la petite fille du commandant Cousteau dédie à son grand-père un hymne à l’environnement des temps modernes. Elle sait que le commandant n’est pas né écologiste mais qu’il l’est devenu et voit en cela l’espoir que chaque individu évolue et agisse à son niveau pour préserver la planète.

Votre livre (1) est-il un cri d’alerte générale ou est-ce d’abord un hommage à votre grand-père ?

Céline Cousteau : « Pour moi, c’est d’abord un cri d’alarme. C’est un cri que mon grand-père a commencé à pousser à la fin de sa vie. Je voulais justement que Jean-Yves Cousteau fasse partie de cette histoire, car elle n’a pas commencé avec moi. Ce qui me préoccupe justement, c’est que cela fait maintenant trois générations que l’on évoque les questions d’environnement et les problèmes humanitaires et nous en sommes toujours à parler des mêmes problématiques. Un vrai cri d’alarme donc, mais aussi beaucoup d’espoir car les jeunes sont mieux informés et nous poussent très fort. »

« Je ne crois pas que l’on soit obligé. Pour moi, cela a été un choix. J’ai fait des études de psychologie et j’ai travaillé dans un hôpital psychiatrique pour mieux comprendre les comportements de l’être humain. Je suis revenue naturellement, en tant qu’adulte, à ce que faisait ma famille.

Mon père (Jean-Michel) faisait une série de documentaires pour la télévision américaine et je lui ai proposé mon aide, dans la logistique. Je me suis retrouvée derrière la caméra et productrice. Mon intérêt pour les peuples indigènes fait que j’ai toujours été à la pointe sur ces sujets. »

Notre société aime à transposer des évidences contemporaines à des réalités lointaines. On reproche ainsi à Cousteau son peu de considération pour la faune, qui aurait d’abord servi à la promotion de ses films. Cela vous heurte ?

« Mon grand-père n’a jamais nié ses fautes et a toujours été très ouvert par rapport à ses actes. Il n’a d’ailleurs jamais remonté ses films, où il y avait l’utilisation de la dynamite, pour s’approprier cette évolution de la pensée. Il a fait rêver la planète, mais il n’était pas né écologiste. Son cri d’alarme est venu des tripes, ce qu’il a vu et ressenti en explorant le monde. Je pense que c’est cela qui est important, car nous sommes tous capables d’évoluer et de changer. Nous avons tous des oublis, des insouciances ; l’important, c’est ce que l’on va en faire après. Ce qui comptait pour Jean-Yves Cousteau à la fin de sa vie, c’était l’avenir des générations futures. »

Les enfants du « Monde du silence » (2) rêvaient, ceux de 2020 sont scandalisés. Cela dit quoi de l’évolution de notre monde ?

« Avec tous les réseaux sociaux, on est immédiatement informés de tout ce qui se passe. En ce sens, ils peuvent être un atout. Cela signifie qu’on ne peut plus rien cacher et, quelque part, ça sert la cause environnementale, même si cela prête souvent à des réactions immédiates excessives et donne lieu à des jugements hâtifs. Il faut être assez intelligent pour filtrer ce qu’on lit et ce qu’on entend, faire la part des choses et prendre sur soi. Car il est trop facile de reporter les erreurs sur l’autre, sans jamais se demander comment on peut, chacun à son niveau, contribuer à améliorer les choses.

Une amie m’a dit un jour “je suis contente de savoir que tu es en train de sauver la planète”… comme si elle n’avait du coup plus rien à faire ! Je ne dis pas que tout le monde doit partir dans un combat en Amazonie pour protéger les indigènes, mais les gestes de tous les jours, sur les produits que l’on consomme et la manière qu’on a de le faire sont tout aussi importants. La terre est à tout le monde ! Cela commence par utiliser des masques lavables plutôt que des jetables, dont on sait qu’il faudra des dizaines d’années pour qu’ils s’autodétruisent. »

Vous prônez un apprentissage naturel de l’environnement par les enfants. Cela se traduit comment pour les petits Français, notamment ceux des villes, en 2020 ?

« Je pense que cela commence dans les écoles par une vraie éducation à l’environnement. Je ne comprends pas pourquoi ce n’est pas déjà intégré. Les parents doivent aussi se responsabiliser. Sans faire de grands discours, deux ou trois petites phrases de sensibilisation le soir ne peuvent pas faire de mal. Il faut transmettre, simplement. Je suis végétarienne et mon fils aime la viande. Pas de problème, si ce n’est que je lui ai appris à se renseigner sur la provenance de ce qu’il a dans son assiette. C’est simple et surtout pas punitif ! »

Vous dites qu’il faut laisser la nature reprendre son souffle. Cela commence par quoi, ici et maintenant ?

« Consommer moins en général et acheter des choses qui durent. Mais je sais que je parle d’un point de vue privilégié et je m’adresse justement à ceux qui ont économiquement le privilège du choix. Je crois que le vrai problème est un manque de conscience collective. La pandémie a déclenché une prise de conscience, mais elle a aussi accentué le fossé entre riches et pauvres. Il y a un gouffre. Preuve que les problèmes environnementaux jouent directement sur le fonctionnement socio-économique. Vivre plus sainement devient un privilège. »

L’environnement est l’une des préoccupations majeures des Français. Pourtant, le parti qui est censé l’incarner ne s’impose pas. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

« Je n’ai jamais bien compris comment fonctionnait la politique, sauf qu’elle consiste en la prise du pouvoir. L’écologie, c’est un droit humain et ça ne peut pas être un parti politique. »

« Pas la principale, mais l’une d’elles. Il y en a eu beaucoup avant lui, mais il a accéléré les choses avec ses discours et ses actes anti-indigènes et anti-environnement. Quand il est arrivé au pouvoir, il a tout ouvert : déforestation, chercheurs d’or… Ceux qui le faisaient déjà se sont sentis encouragés et ont augmenté leurs pratiques. Dans la zone où je travaille au Brésil, il y a le plus grand nombre de peuples – les non contactés – vivant en isolement total. Au début du Covid, certains “missionnaires” sont allés les rejoindre, en hélicoptère, en vue de les convertir à notre monde. La moindre grippe les aurait décimés ! Heureusement, un avocat a réussi à faire expulser ces envahisseurs. Nous vivons sans cesse avec ces menaces. »

(2) Film de Louis Malle sur les plongées du commandant Cousteau qui a obtenu la palme d’Or au Festival de Cannes en 1956.

Source: https://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/celine-cousteau-l-ecologie-cela-ne-peut-pas-etre-un-parti-politique-NG17229613

Celine Cousteau,Céline Cousteau

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