Faut-il s’inquiéter de la hausse du nombre de malades en réanimation ?

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Santé Faut-il s’inquiéter de la hausse du nombre de malades en réanimation ?

EPIDEMIE En France, 381 cas sévères de Covid-19 sont toujours hospitalisés en réanimation, un nombre en augmentation pour la première fois depuis des semaines

Publié le 31/07/20 à 15h26
— Mis à jour le 31/07/20 à 16h34

Jeudi, on comptait un malade du Covid-19 de plus hospitalisé en réanimation que la veille. Plus qu’un chiffre, c’est un symbole : depuis le mois d’avril, c’est la première fois que le chiffre des entrées en réanimation 
repart à la hausse. Est-ce la confirmation d’une reprise épidémique sérieuse en France ? Ce n’est en tout cas « pas anodin », selon les spécialistes.

Le nombre de patients hospitalisés en réanimation à cause du Covid-19 a légèrement augmenté, a annoncé jeudi la Direction générale de la santé (DGS). C’est la première fois depuis le 9 avril que cet indicateur, très surveillé, n’est plus en baisse. Au total, 5.375 personnes sont hospitalisées pour une infection au coronavirus, dont 381 cas sévères en réanimation, soit un de plus que la veille. « Avec la remontée de la circulation du virus, et l’augmentation du nombre de clusters, la hausse des cas de formes sévères n’est pas une surprise », reconnaît François Bricaire, membre de l’Académie de médecine et ancien chef de service à la Pitié Salpêtrière.

Depuis le 9 avril, la baisse des cas en réanimation était constante. Si des épidémiologistes invitent à la prudence et appellent à attendre quelques jours supplémentaires pour tirer des conclusions, la tendance pourrait rapidement devenir préoccupante. « Le fait de voir cette décroissance s’interrompre maintenant, alors que le virus circule davantage, ce n’est pas anodin. Ce que les chiffres montrent, c’est que le virus circule pour l’instant de manière importante dans les populations qui ne sont pas à risque, notamment les jeunes », explique Benjamin Clouzeau, médecin au service de réanimation médicale au CHU de Bordeaux Pellegrin. « Mais les circuits ne sont pas étanches, et ces jeunes peuvent aussi contaminer les plus fragiles. Ça conduit mécaniquement à un risque de voir des patients arriver en réanimation », poursuit-il. Une analyse confirmée par les chiffres de Santé publique France : le virus circule en majorité chez les 15-44 ans, et on le retrouve en particulier chez les 20-29 ans. Une situation presque identique à celle des mois de janvier et février.

Chaque soir, la DGS publie un communiqué qui détaille l’évolution de l’épidémie. Et tous les indicateurs convergent, annonçant une reprise épidémique avec une circulation du virus « soutenue ». Parmi les signaux à surveiller, elle détaille le nombre de passages aux urgences pour suspicion de coronavirus et le nombre d’appels à SOS Médecins, deux indicateurs en hausse depuis plusieurs semaines.

Autre indicateur : le taux d’incidence national, qui a pour la première fois dépassé le seuil de vigilance de 10 cas pour 100.000 habitants cette semaine, et qui s’établit à 10.2 contre 5.7 il y a trois semaines. Il est en augmentation de 78 %, avec une accélération à la hausse.

Au moment où la première vague a frappé la France, 5.000 lits de réanimation étaient disponibles dans le pays. « Ces places ont été augmentées, grâce à la déprogrammation d’opérations et grâce à la mobilisation de tous les hôpitaux, à 10.000 lits », avait déclaré Olivier Véran fin mars. Depuis, le ministère de la Santé a promis d’atteindre 14.000 lits de réanimation. Et ce, alors que l’« on est sur une période d’accalmie, qui a permis aux soignants de ces services de souffler », rappelle François Bricaire. « Depuis le début de l’épidémie, il y a eu une amélioration de la prise en charge des malades, et une acquisition d’expérience par les soignants », estime-t-il.

La deuxième vague serait-elle plus facile à gérer que la première ? Pas vraiment, nuance Benjamin Clouzeau. « Au début de l’année, l’hôpital s’est arrêté pour accueillir ces malades, les autres malades avaient disparu. Mais évidemment, ce ne sera pas pareil pour la deuxième vague. Cette fois, il n’y aura pas de décalage des interventions hospitalières », prévient-il. Dans son service, tout est prêt pour affronter de nouvelles arrivées de patients en état grave. En attendant, « les personnels ont besoin de souffler. On leur a dit être d’aller se reposer pour être d’attaque fin août, début septembre ».

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