Laisser les jeunes se contaminer pour participer à l’immunité collective : « Une très mauvaise idée, irréaliste »

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Quelle stratégie pourrait bien limiter la reprise de l’épidémie ? « En laissant les jeunes se contaminer, ils participeront à l’immunité collective et elle sera plus importante à la rentrée, dans les écoles et les universités » : cette idée formulée par le professeur Eric Caumes, chef de service des maladies infectieuses à la Pitié-Salpêtrière à Paris, est loin de faire l’unanimité dans le corps médical. « Oublions cette histoire : très mauvaise idée, irréaliste », balaye de façon catégorique l’épidémiologiste et biostatisticienne Catherine Hill, dimanche 2 août sur LCI.

« L’immunité collective voudrait dire que les deux tiers de la population ont rencontré le virus. Pour l’instant on en est autour de 10% et, si on ajoutait tous les jeunes, on n’atteindrait pas les deux tiers nécessaires pour avoir l’immunité collective », argue-t-elle pour expliquer ce qui l’oppose à cette proposition choc développée par le Pr. Caumes dans les colonnes du Parisien de ce jour. 

Comme l’explique plus en détails l’Institut Pasteur sur son site, « l’immunité collective correspond au pourcentage d’une population immunisée/protégée contre une infection à partir duquel un sujet infecté ne va plus transmettre le pathogène car il rencontre trop de sujets protégés. Cette immunité de groupe, ou collective, peut être obtenue par l’infection naturelle ou par la vaccination (s’il existe un vaccin bien entendu) ». 

Le pourcentage de sujets immunisés nécessaire pour obtenir l’immunité collective dépend de la maladie. Il est de « 70% » pour le Covid-19 (50% pour la grippe et 90 à 95% pour la rougeole), selon l’institut, qui prévient cependant que ce calcul ne vaudra « que si l’infection naturelle protège, ce qui n’est pour l’instant pas démontré ». 

De toute façon, cette immunité collective est « un rêve inaccessible pour l’instant », appuie de son côté Yves Buisson, médecin et président du groupe Covid-19 de l’Académie de médecine, interrogé sur BFM TV à propos de cet entretien publié par le quotidien. 

« Dans le meilleur des cas, on atteint 16% de personnes qui ont des anticorps dans les régions les plus impactées par l’épidémie, et on voit que ces régions – comme le Grand Est, les Hauts-de-France et l’Île-de-France – sont toujours celles dans lesquelles le virus circule intensivement ». L’immunité collective n’est cependant pas totalement impossible à atteindre : « On y arrivera peut-être dans quelques années, peut-être avec l’aide d’un vaccin, mais on en est très loin », estime-t-il.

Quant à la supposée circulation accrue du virus chez les jeunes, elle reste encore à démontrer. Il n’est en effet pas certain que les 20/30 ans soient plus nombreux à être positifs : « On n’a même pas un sondage sur un échantillon représentatif de la population pour avoir une idée de qui sont les porteurs actuellement du virus, quels sont les gens qui sont aujourd’hui contagieux. Il y a davantage de tests positifs chez les jeunes car ils se font davantage tester », relève Catherine Hill. 

Autre problème soulevé par l’épidémiologiste : il est illusoire de penser que les jeunes « qui ne vivent pas sur une planète isolée cesseront d’interagir avec des personnes plus âgées », plus à risque d’une forme grave du Covid-19. Sans oublier que certains jeunes, en cas de diabète ou d’obésité notamment, ne sont pas non plus épargnés.

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