Le drapeau israélien flotte sur le Tour de France

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Analyse

L’équipe Israël Start-Up Nation, conçue pour être une ambassadrice de l’État hébreu, participe à son premier Tour de France. À ce stade, on a surtout parlé d’elle en raison de quelques manifestations pro-palestiniennes sur le parcours. Et de l’annonce de l’embauche de Christopher Froome.

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Pierre Riou ne décolère pas. Ce cyclotouriste nantais de 73 ans a enfourché deux fois son vélo depuis le départ de la compétition, à Nice, pour protester contre la présence sur le Tour de France de l’équipe Israël Start-Up Nation.

« Le peuple palestinien résiste en travaillant sa terre, moi je participe à ma manière à leur lutte en pédalant », confie ce retraité qui a parcouru deux étapes, fer de lance de l’association France-Palestine Solidarité. Laquelle s’est mobilisée cet été sur son site pour dénoncer cette « opération israélienne de récupération politique du sport ».

« Quand on leur parle, les gens au bord de la route nous écoutent et comprennent ce qu’on fait, mais beaucoup n’ont pas vraiment conscience de ce qui se passe », poursuit le Nantais. C’est, en revanche, très clair dans l’esprit de Sylvan Adams, fondateur et patron de l’équipe Israel Start-Up Nation. Après avoir fait son alya, ce milliardaire d’origine québécoise a décidé de décliner sa passion pour le cyclisme, qu’il a pratiqué en amateur, en outil de promotion d’Israël.

« D’un côté, nous devons encourager le cyclisme en Israël et de l’autre, nous portons nos couleurs nationales bleu et blanc avec le nom Israël fièrement inscrit en grandes lettres sur notre maillot, nous devons promouvoir notre pays pour montrer le vrai visage d’Israël qui est tellement mal compris à cause d’une couverture médiatique à sens unique », disait-il en début d’année.

Il s’exprimait alors peu après l’accession, moyennant un gros chèque, d’Israël Start-Up Nation au sein des 19 équipes Pro Teams, autrement dit le plus haut niveau international qui induit une présence automatique dans les plus grandes courses du monde.

La construction de son équipe a été menée tambour battant par cet homme qui a fait fortune dans l’immobilier. Depuis la création de ce qui s’appelait alors Israël Cycling Academy en 2014, il a franchi les marches du cyclisme quatre à quatre, grâce à des moyens financiers énormes.

Selon les estimations publiées à l’époque, il a offert 3 millions d’euros à RCS, la société organisatrice du Tour d’Italie pour un départ et trois étapes en Israël lors de l’édition 2018 du Giro. Il avait même obtenu une arrivée de la dernière étape en Italie Via della Conciliazione, face à la Basilique Saint-Pierre de Rome. Avant que les diplomates du Vatican ne s’y opposent, obligeant les organisateurs à se replier sur une arrivée devant le Colisée.

Sur le plan sportif, il a d’abord misé sur des cyclistes européens méconnus censés former les quelques cyclistes israéliens compétitifs, dont Guy Niv en course sur le Tour 2020. Mais cette stratégie a montré ses limites et il a ressorti son carnet de chèque pour embaucher quelques vieilles gloires du peloton, l’Irlandais Dan Martin ou l’Allemand André Greipel, qui font de la figuration sur la Grande Boucle.

Son dernier coup d’éclat remonte au mois de juillet, quand Christopher Froome, quadruple vainqueur du Tour de France, en délicatesse avec son employeur britannique Ineos, a annoncé qu’il courrait sous le maillot bleu et blanc en 2021.

Trois noms de coureurs français pas très connus émargent dans l’équipe : le Picard Rudy Barbier, le Breton Alexis Renard et l’Alsacien Hugo Hofstetter, seul de la partie sur ce Tour et invisible depuis le départ de Nice. Ce choix, censé garantir le soutien du public hexagonal et des caméras de France Télévisions en cas d’échappée au long cours, est renforcé par la présence d’un directeur sportif normand, Lionel Marie. Lequel ne tient pas à s’exprimer sur autre chose que le terrain strictement sportif, le service de presse n’ayant pas répondu aux demandes d’entretiens de La Croix.

Sont également restés sans réponse les courriers adressés par l’association France-Palestine Solidarité aux trois coureurs français d’Israël Start-Up Nation. Dans sa communication, l’équipe préfère s’en tenir à un discours rodé. Elle renvoie ainsi à la diversité des origines et des religions de son effectif, mettant en valeur l’embauche, en 2020, dans son équipe réserve, d’un coureur marocain et musulman.

Israël n’est pas le seul État présent sur les maillots des équipes en course depuis le début du Tour. La formation Astana, baptisée du nom de la capitale du Kazakhstan, a ouvert ce bal diplomatique dès 2007. Bahrain-McLaren a été créée en 2016, notamment pour faire la promotion du royaume de Bahreïn. Et UAE Team Emirates a racheté en 2017 la licence de l’ancienne formation italienne Lampre pour agiter sur le sport cycliste la bannière des Émirats Arabes Unis.

Arrivé chez Sky (puis Ineos depuis 2019) en 2010, Chris Froome (35 ans) va quitter l’équipe britannique à la fin…

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Source: https://www.la-croix.com/Sport/Le-drapeau-israelien-flotte-Tour-France-2020-09-14-1201113898

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