Mort de Gisèle Halimi : la voix des femmes s’est tue

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« Elle a vécu la vie qu’elle voulait, mené les combats qu’elle voulait et, en plus, elle les a gagnés. » A l’annonce de la mort de la célèbre avocate Gisèle Halimi, engagée au service de la lutte contre les inégalités et de la liberté des femmes, ce n’est pas la tristesse qui gagne Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol (CFCV), mais l’admiration face à un parcours d’un « modernisme incroyable ». Droit à l’avortement, abolition de la peine de mort, criminalisation du viol, dépénalisation de l’homosexualité… Gisèle Halimi, décédée ce mardi au lendemain de son 93e anniversaire, était de toutes ces batailles.

Pouvait-on être sensibilisé plus tôt que Gisèle Halimi, née Zeiza Gisèle Elise Taïeb en Tunisie, aux inégalités entre les genres ? Elle dont les parents mettront des jours à annoncer sa naissance parce que naître fille, dans une famille juive tunisienne, en 1927, c’était « un peu une malédiction », dira-t-elle. Sa première action féministe ? Une grève de la faim, à 10 ans. La petite fille refuse d’accomplir les tâches ménagères dont ses frères sont exemptés. C’est aussi sa première victoire. Les parents cèdent.

A 16 ans, elle résiste encore à la pression familiale et sociale. Cette fois, c’est un mariage forcé qui s’annonce avec un riche marchand d’huile qui a presque vingt ans de plus qu’elle. Elle rejette ce destin d’épouse et de mère. Direction la France, Paris et la faculté de droit. Elle a 18 ans. C’est peu dire que son féminisme viscéral trouve ses racines dans les injustices de l’enfance.

L’avocate « irrespectueuse », comme elle se désignait volontiers, est en marche. Un échange entre De Gaulle et Halimi donne d’ailleurs le ton : « Dois-je vous appeler Madame ou Mademoiselle? » « Appelez-moi Maître, monsieur le Président. » Fermez le ban. A 33 ans, celle qui prône l’indépendance de l’Algérie, comme l’indépendance de tous les pays colonisés, devient l’avocate de Djamila Boupacha, une militante FLN accusée d’avoir posé une bombe dans un café d’Alger en 1959. La jeune femme a été violée et torturée par des soldats français durant sa détention. Le grand public découvre la voix posée et implacable de l’avocate, son aplomb aussi.

On la retrouve en 1971 parmi les signataires du Manifeste des 343, publié par le Nouvel Observateur. Toutes ces femmes, comme Simone de Beauvoir ou Catherine Deneuve, y déclarent avoir avorté, donc avoir enfreint la loi. Elles ouvrent ainsi le débat sur l’accès au droit à l’interruption volontaire de grossesse qui sera effectif en 1975 avec la loi Veil. Mais trois ans avant cette date historique, un procès fait pencher la balance en faveur de la dépénalisation et l’a fait entrer au Panthéon des figures féministes.

En 1972, une jeune fille de 16 ans, Marie-Claire, et sa mère qui l’a aidée à avorter, sont poursuivies en justice. Elles demandent à Gisèle Halimi de les défendre. Marie-Claire a été violée, elle est enceinte. Sa mère, ouvrière, n’avait pas les moyens de l’envoyer en Angleterre ou ailleurs pour avorter, comme ses riches congénères. Elles le feront faire clandestinement dans des conditions sanitaires indignes.

Seule femme debout face à des hommes assis, Me Halimi fera de ce procès une tribune pour la libéralisation du droit à l’avortement. C’est le procès de Bobigny. « Monsieur le président, messieurs du tribunal, je ressens avec une plénitude jamais connue à ce jour un parfait accord entre mon métier qui est de plaider, qui est de défendre, et ma condition de femme », lance-t-elle bravache. Marie-Claire est relaxée, sa mère condamnée mais dispensée de peine.

De même, sa stratégie de défense médiatisée de deux jeunes femmes victimes d’un viol collectif, Anne Tonglet et Araceli Castellano, devant les assises d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) en 1978 contribue à l’adoption d’une nouvelle loi en 1980 définissant clairement le viol comme un crime. Malgré le cœur à gauche, et malgré des engagements ayant une dimension politique forte, Gisèle Halimi n’a jamais voulu faire de carrière politique, mis à part une brève expérience de la députation au début du septennat de François Mitterrand.

Elle lui préférait le combat féministe militant. Son arme ? Faire évoluer la législation. « A l’heure où disparaît Gisèle Halimi, le féminisme est sous le feu des critiques. Ses excès ont pourtant été autant de victoires pour la cause des femmes », rappelle Laurence Rossignol, présidente de l’Assemblée de Femmes, sénatrice socialiste et ancienne ministre des droits des femmes.

Source: https://news.google.com/__i/rss/rd/articles/CBMia2h0dHBzOi8vd3d3LmxlcGFyaXNpZW4uZnIvc29jaWV0ZS9tb3J0LWRlLWdpc2VsZS1oYWxpbWktbGEtdm9peC1kZXMtZmVtbWVzLXMtZXN0LXR1ZS0yOC0wNy0yMDIwLTgzNjAxOTAucGhw0gFvaHR0cHM6Ly93d3cubGVwYXJpc2llbi5mci9hbXAvc29jaWV0ZS9tb3J0LWRlLWdpc2VsZS1oYWxpbWktbGEtdm9peC1kZXMtZmVtbWVzLXMtZXN0LXR1ZS0yOC0wNy0yMDIwLTgzNjAxOTAucGhw?oc=5

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