Présidentielle américaine 2020 : Découvrez ces bizarreries qui pourraient faire basculer l’élection!

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À moins de trois semaines de l’élection présidentielle aux États-Unis, passage en revue des particularités du système électoral américain qui pourraient peser lourd dans le match Trump-Biden.

Pour la première fois depuis 2000, le résultat de l’élection présidentielle américaine pourrait ne pas être connu le soir même du scrutin. Le 3 novembre prochain, il ne sera peut-être pas possible de déterminer qui de Joe Biden ou de Donald Trump l’a emporté. La complexité du système électoral américain va en effet se conjuguer aux circonstances exceptionnelles imposées par la crise sanitaire, pour une élection qui ne ressemblera à aucune autre.

Les défis du vote par correspondance. Longtemps, Donald Trump n’a rien trouvé à redire au vote par correspondance. Il y a eu recours en mars, au moment de voter pour les primaires républicaines en Floride, et avant cela, à New York pour les élections de mi-mandat de 2018. Puis il est apparu évident que la présidentielle de 2020 se déroulerait en pleine pandémie, poussant des millions d’électeurs à trouver éviter les bureaux de vote pour réduire les risques d’infection. Donald Trump a alors commencé à attaquer systématiquement le vote par correspondance, dont les modalités varient en fonction des Etats. « Les républicains devraient se battre sans relâche contre le vote par correspondance à l’échelle d’un Etat. Les démocrates le réclament. Enorme potentiel de fraude et, pour quelque raison que ce soit, ça ne profite pas aux républicains », a-t-il tweeté dès le 8 avril, révélant immédiatement la raison profonde de son hostilité. Un vote par correspondance massif ne bénéficierait pas aux républicains et serait donc par nature illégitime. Ces allégations ont été répétées des dizaines de fois par Trump et ses alliés, en dépit du fait que le vote par correspondance est la méthode la plus sûre, en particulier pour les électeurs âgés susceptibles d’être le plus durement touchés par le coronavirus.

Selon un vaste sondage publié par le Pew Research Center la semaine dernière, une très nette majorité de sondés penchant pour Trump ont l’intention de voter en personne le jour du scrutin (50%) ou avant l’élection (20%), contre 25% seulement par correspondance. Les sondés favorables à Joe Biden, à l’inverse, sont 51% à déclarer vouloir voter par correspondance.

Soupçons de « sabotage » postal

L’opposition du président au vote par correspondance, quoique récente, n’en est pas moins acharnée. Au mois d’août dernier, Donald Trump a même reconnu qu’il s’opposait au financement de l’US Postal Service, la poste des Etats-Unis, précisément pour entraver le déploiement du vote par correspondance. « Si on ne trouve pas d’accord, ça veut dire qu’ils [les démocrates] n’auront pas l’argent. Ça veut dire qu’ils ne peuvent pas avoir le vote par correspondance universel, c’est juste impossible », avait-il déclaré le 14 août sur Fox Business Network. En dépit des promesses cet été du responsable de l’USPS, Louis DeJoy, d’importantes tensions demeurent sur le courrier et la désorganisation de cette institution aussi vieille que les Etats-Unis continue de menacer l’élection. DeJoy, un richissime donateur du parti républicain, avait été nommé en mai dernier, après avoir généreusement contribué à la campagne de Donald Trump.

« Contrairement aux affirmations du [président de la poste] DeJoy promettant de mettre fin aux changements qui ont causé des retards de courrier, ces photos montrent que le courrier continue de s’accumuler alors que des personnes âgées, des entreprises et des familles attendent une correspondance vitale. C’est du sabotage et une alerte rouge pour notre démocratie », a ainsi tweeté le 7 octobre le sénateur démocrate Bob Casey.

 

D’autres menaces, plus surprenantes encore, pèsent sur le vote par correspondance. En Californie, la semaine dernière, des boîtes destinées à recueillir des bulletins de vote ont été installées par la branche locale du parti républicain dans le nord du comté de Los Angeles. Présentées comme « officielles », ces urnes ne l’étaient pourtant pas. Depuis les premières révélations, il est apparu qu’il s’agissait d’une stratégie adoptée par le parti dans plusieurs comtés de l’Etat, selon le Los Angeles Times, au risque d’introduire de la confusion pour certains électeurs, alors que des emplacements adaptés sont bien prévus par les autorités pour déposer les bulletins de vote.

 

Un employé de l'USPS, la poste américaine, manifeste le 25 août à Pasadena en Californie pour dénoncer les réformes imposées à ce service public juste avant la présidentielle. Sur la pancarte : "Arrêtez de retarder le courrier de l'Amérique".
Un employé de l’USPS, la poste américaine, manifeste le 25 août à Pasadena en Californie pour dénoncer les réformes imposées à ce service public juste avant la présidentielle. Sur la pancarte : « Arrêtez de retarder le courrier de l’Amérique ». © Irfan Khan/Los Angeles Times/Shutterstock/SIPA

La prétendue fraude dénoncée par les républicains est un phénomène extrêmement marginal avec le vote par correspondance aux Etats-Unis. Analysant des données sur un total de 14,6 millions de votes par correspondance pour les élections de 2016 et 2018, le Washington Post a identifié seulement 372 cas de possible double vote ou de vote au nom d’une personne décédée, soit 0,0025% des votes. Le véritable problème du vote par correspondance n’est pratiquement jamais mentionné par Donald Trump et ses partisans : il s’agit du taux de rejet des bulletins, très élevé. Non pas en raison de la fraude, mais parce que, dans certains Etats, la complexité des démarches conduit les électeurs à commettre des erreurs. En août dernier, la radio publique NPR avait constaté un taux de rejet en très forte hausse lors des primaires organisées pendant l’hiver et le printemps, alors que la pandémie commençait à bouleverser la vie quotidienne. Plus de 550 000 bulletins avaient été écartés durant ces multiples scrutins, un volume nettement supérieur aux élections de 2016, lors desquelles la participation fut pourtant bien plus importante. Parmi les principales causes de rejet, l’absence de signature ou une réception trop tardive. Les électeurs issus de minorités ou primo-votants seraient aussi plus susceptibles de voir leurs bulletins rejetés. Une étude sur l’élection de 2018 dans l’Etat de Floride, publiée en avril dernier, a relevé un taux de rejet de 2,05% pour les électeurs identifiés comme hispaniques et 1,96% pour ceux qui sont identifiés comme noirs. Pour les électeurs qualifiés de blancs, le taux de rejet ne s’élevait qu’à 0,90%. Une analyse similaire sur l’Etat de Géorgie a abouti aux mêmes conclusions.

Les délais dans lesquels ces votes par correspondance seront traités posent également question. Dans certains Etats, tout bulletin posté jusqu’au jour du scrutin inclus doit être considéré comme recevable. Si un grand nombre d’électeurs décident de voter par correspondance à la dernière minute, les résultats exacts de l’élection ne seront pas connus immédiatement. Les chaînes de télévision, qui désignent le vainqueur de l’élection sur la foi des résultats disponibles au soir du vote, risquent de se trouver face à un dilemme. Etant donné que les électeurs pro-Trump seront les plus nombreux à voter en personne, ils pourraient peser de manière disproportionnée sur les premiers résultats. Et Donald Trump pourrait bien se déclarer vainqueur le soir même, avec des millions de votes en suspens.

En Floride, un cinquième des citoyens noirs privés de droit de vote en 2016

Des minorités pas toujours égales face au droit de vote. Le parti républicain, après la défaite de Mitt Romney face à Barack Obama en 2012, avait esquissé une stratégie de conquête des électeurs que le parti avait du mal à convaincre, en particuliers les citoyens issus de minorités. Mais ces ambitions ne se sont jamais concrétisées et le patron du parti républicain qui les portait, Reince Priebus, a rejoint en 2017 l’équipe de Donald Trump à la Maison-Blanche, actant la victoire de la ligne identitaire et populiste du milliardaire. Résultat, huit ans après : Joe Biden jouit d’une avance spectaculaire auprès de ces électeurs. Selon le sondage du Pew Research Center déjà cité, 89% des électeurs noirs, 63% des hispaniques et 75% des asiatiques lui sont favorables. Face à ce déséquilibre, qui ne cesse de s’accentuer en raison des évolutions démographiques du pays, certains républicains n’ont pas caché leur tentation de rendre plus compliquée la participation aux élections pour les populations qui leur sont les moins acquises. Encore une fois, Trump lui-même s’est montré transparent sur les risques que représenterait un système électoral permettant à tous les citoyens de voter avec la même facilité.. Pour justifier son refus d’une proposition démocrate prévoyant 400 millions de dollars pour assurer le bon fonctionnement des élections en pleine crise sanitaire, le président sortant avait expliqué en mars dernier : « Il y avait des choses folles [dans cette loi]… Des trucs… avec des niveaux de vote tels que, si on les avait acceptés, il n’y aurait plus jamais eu un républicain élu dans ce pays. » Ces manœuvres ne sont pas nouvelles : en 2016, le New York Times avait documenté de nombreux épisodes dans lesquels des républicains, notamment au niveau local, admettaient mener un combat contre la participation électorale afin de nuire aux démocrates.

Le 10 août dernier, à Riviera Beach, en Floride : William Freeman, ex-détenu qui s'est inscrit sur les listes électorales.
Le 10 août dernier, à Riviera Beach, en Floride : William Freeman, ex-détenu qui s’est inscrit sur les listes électorales. © Lynne Sladky/AP/SIPA

Pour démobiliser les électorats défavorables aux républicains, différentes tactiques plus ou moins subtiles existent. En Floride, un Etat clé pour la victoire en novembre, un amendement a été adopté en 2018 pour restaurer les droits civiques des personnes condamnées. Plus d’un million de Floridiens auraient dû ainsi retrouver le droit de vote dont une loi du XIXe siècle les privait jusqu’à lors. Le gouverneur républicain de l’Etat, Ron DeSantis, a signé en juin 2019 une loi ajoutant une nouvelle condition : pour prétendre au droit de vote, les condamnés doivent avoir réglé toutes les amendes qu’ils doivent. Cette loi a suscité le trouble parmi les citoyens éligibles : allaient-ils devoir payer avant de pouvoir voter? Risquaient-ils d’être sanctionnés s’ils tentaient de s’inscrire sur les listes électorales? « Des milliers de personnes, qui ne devaient pas un centime, nous ont dit qu’elles se sentaient intimidées » a confié au Washington Post Micah Kubic, directeur exécutif pour la Floride de l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU). Les minorités sont surreprésentées parmi les personnes visées. Selon des chiffres de l’ONG Sentencing Project en 2016, plus d’un cinquième des citoyens afro-américains de l’Etat étaient privés de droit de vote en raison d’une condamnation préalable.

Via les réseaux sociaux, la campagne de Trump avait cherché à saper la participation des Afro-Américains il y a quatre ans

Au Texas, le gouverneur républicain Gregg Abott a eu une autre idée, il y a quelques semaines : limiter à un par comté le nombre de lieux de collecte des bulletins de vote par correspondance. Grâce à ce tour de passe-passe, le comté de Loving, dans l’ouest de l’Etat, a droit à un lieu de vote, tout comme le comté de Harris, dans l’est. Détail important : Loving comptait 169 habitants en juillet 2019, contre 4,7 millions pour le comté de Harris, selon le Census Bureau. Le comté de Harris, qui inclut la ville de Houston, avait largement préféré Hillary Clinton à Donald Trump en 2016. Plus de 19% de la population de ce comté est noire, contre seulement 12,3% à l’échelle de l’État du Texas.

Ces stratégies d’obstruction, qui ne sont pas appliquées dans tous les Etats avec la même vigueur, conduisent parfois à des images stupéfiantes d’interminables files d’attente, ainsi que l’a par exemple constaté un reporter de l’Atlanta Journal Constitution en Géorgie, lundi. La scène a été filmée à Suwanee, une ville du comté de Gwinnett où Hillary Clinton avait nettement devancé Donald Trump en 2016.

En 2016, une tactique plus retorse encore avait été employée par la campagne de Donald Trump, appuyée à l’époque par l’expertise de Cambridge Analytica, l’entreprise au cœur d’un scandale sur l’utilisation de données de millions d’utilisateurs de Facebook. Selon des révélations de la chaîne de télévision britannique Channel 4 fin septembre, les électeurs afro-américains ont été spécifiquement visés sur les réseaux sociaux. Environ 3,5 millions d’entre eux ont été affublés par la campagne Trump de l’étiquette « Deterence » («dissuasion»). Plutôt que de tenter de les convaincre des mérites de Donald Trump, les équipes qui ont travaillé sur ce projet ont bombardé ces électeurs de messages visant à présenter Hillary Clinton comme une ennemie des Afro-Américains, en leur montrant par exemple une vidéo datant des années 1990 dans laquelle la candidate vantait les mérites d’une loi sécuritaire en dénonçant les «super prédateurs», des propos qu’elle avait ensuite regrettés.

Deux exemples de publications de l'Internet research agency russe, destinées à démobiliser les électeurs afro-américains en 2016.
Deux exemples de publications de l’Internet research agency russe, destinées à démobiliser les électeurs afro-américains en 2016. © Capture d’écran du rapport « The Tactics & Tropes of the Internet Research Agency »

Des tentatives pour démoraliser l’électorat afro-américain avaient également été menées par l’Internet research agency (IRA), une entité contrôlée par le gouvernement russe et qui est le bras armé des campagnes de désinformation sur Internet voulues par le Kremlin. Selon un rapport publié en décembre 2018, « dans les jours précédant l’élection, l’IRA a commencé à déployer des tactiques pour endiguer le vote via des comptes de réseaux sociaux visant la communauté noire, tout en alimentant la peur de la fraude électorale sur des comptes visant les électeurs de droite, lançant des avertissements inquiétants évoquant une élection volée face à laquelle la violence pourrait être nécessaire ».

Le système des grands électeurs favorise les républicains

Un système électoral qui désavantage les démocrates. Les particularités des élections aux Etats-Unis sont parfois observées avec étonnement depuis l’Europe. Le recours à un collège de grands électeurs est la caractéristique dominante de toutes les présidentielles outre-Atlantique. Le citoyen ne vote pas directement pour un candidat, mais pour des grands électeurs qui se sont engagés à soutenir ce candidat. A deux exceptions près -le Maine et le Nebraska- le candidat qui arrive en tête dans un Etat obtient la totalité de ses grands électeurs, même s’il n’a obtenu la majorité que d’une voix. Cela accentue le poids des États où l’issue du vote est incertaine. À l’inverse, un État solidement acquis au parti démocrate ou au parti républicain n’est généralement pas considéré comme un « champ de bataille ». Les candidats concentrent leurs ressources sur les États susceptibles de faire basculer l’élection et la Floride (29 grands électeurs) monopolise l’attention, alors que la Californie (55 grands électeurs) est ignorée. Cette année, quatre États, en plus de la Floride, sont considérés comme les plus incertains par le Cook Political Report : la Géorgie, l’Iowa, la Caroline du Nord et l’Ohio. Ce système rend possible une issue qui peut paraître anti-démocratique : un candidat peut être élu alors qu’il n’a rassemblé qu’une minorité des voix. Ça a été le cas en 2000 pour George W. Bush, dont le rival Al Gore avait reçu 543 895 voix de plus; puis encore en 2016, pour Donald Trump, devancé par Hillary Clinton de plus de 2,8 millions de voix. Mais Trump l’avait emporté -avec moins de 80 000 voix d’avance- dans trois Etats clés : le Michigan, la Pennsylvanie et la Floride.

Ces particularités tendent à bénéficier aux républicains. Des économistes ont même pu quantifier cet avantage en simulant des centaines de milliers d’élections, ainsi que le rapportait Vox en 2019 : même si un candidat démocrate à la présidentielle obtient 3 points d’avance dans les suffrages, la probabilité que le républicain remporte une majorité des grands électeurs est tout de même de 16%, soit près d’un cas sur six.

Les inégalités sont plus prononcées encore si l’on s’intéresse au Congrès des États-Unis. Chaque Etat y dispose de deux sénateurs, quelle que soit sa population. Il y a donc deux sénateurs pour représenter les 39,5 millions de Californiens, et deux sénateurs pour les 578 000 habitants du Wyoming. Le poids politique des élus issus d’Etats peu peuplés est disproportionné et confère aux républicains, qui dominent les régions les plus rurales, un indéniable avantage pour contrôler la haute assemblée. Si une vague bleue se matérialise le 3 novembre prochain, toutefois, le Sénat pourrait bien basculer à gauche.

À la Chambre des représentants, où les effectifs sont proportionnels à la population des Etats, les démocrates ont longtemps joui d’un avantage considérable. Mais les républicains ont repris la main, en investissant puissamment dans la politique locale pour peser sur les découpages électoraux. Les démocrates, eux aussi, s’adonnent à ces manipulations des limites des circonscriptions, mais les républicains ont poussé très loin leur avantage avec un projet baptisé « Redmap » (« carterouge ») lancé en 2010 et qui a porté ses fruits lors des élections de 2012 : en dépit d’une avance de 1,1 million de votes en faveur des candidats démocrates dans l’ensemble du pays, les républicains ont obtenu une large majorité des sièges. Les effets des découpages électoraux définis selon des critères politiques se font encore sentir : en 2018 en Caroline du Nord, les républicains ont remporté 50% des voix contre 48% pour les démocrates, mais ils ont obtenu 9 des 13 sièges, contre trois pour les démocrates.

Dix fois plus de vote anticipé

Tous ces facteurs contribuent à l’incertitude qui entoure l’élection du 3 novembre prochain et influencent les comportements des électeurs, souvent encouragés par des activistes progressistes à anticiper autant que possible leur vote. Alors que les États-Unis continuent d’enregistrer plus de 50 000 nouveaux cas de Covid-19 par jour, l’engouement pour le vote anticipé -par correspondance ou en personne- est sans précédent. Selon le décompte réalisé par Michael McDonald, un professeur de l’université de Floride, plus de 14,5 millions de bulletins ont déjà été déposés. C’est dix fois plus qu’à la même période en 2016.

Source:https://parismatch.be/actualites/politique/437306/presidentielle-americaine-ces-bizarreries-qui-pourraient-faire-basculer-lelection

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