« The Walking Dead : World Beyond » au bord de la mort cérébrale

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Il fut un temps, pas si lointain, où The Walking Dead représentait quelque chose d’important. À partir d’un postulat simple (« même lors d’une apocalypse zombie, c’est l’homme qui est le plus gros danger pour l’homme »), la série adaptée des comics de Robert Kirkman parvenait à embarquer ses spectateurs aux côtés de personnages marquants, soumis à des dilemmes moraux forts dans un monde complexe et sans pitié. Qu’en reste-t-il dix ans plus tard ? Plus grand-chose, malgré ce The Walking Dead : World Beyond qui tente de rallumer la flamme d’une manière assez étrange : en faisant de l’univers de The Walking Dead le cadre d’un feuilleton teenage d’un classicisme certain, et en ciblant donc de toute évidence un public totalement différent de sa série mère. Un sacré pari, pour le moins, dont la France pourra découvrir le premier épisode ce lundi sur Amazon Prime Video.

Dix ans après le début de l’épidémie, la civilisation a quelque peu repris ses droits, au moins par endroits. Les survivants, regroupés en colonies isolées les unes des autres par d’immenses étendues potentiellement mortelles, et protégés du danger des « walkers » par des milices organisées en véritables petits gouvernements militaires, tentent de mener une vie « normale » dans un monde qui ne l’est plus du tout. Deux sœurs, la très sage Iris (Aliyah Royale) et la rebelle Hope (Alexa Mansour), vivent dans une colonie du Nebraska contrôlée par la République civile, une faction militaire aux méthodes expéditives, mais apparemment efficaces.

À des fins de collaboration scientifique, la République civile envoie le père des deux adolescentes travailler dans une autre colonie, et chacune réagit selon son caractère : Hope, en pleine rébellion, se lance dans la contrebande d’alcool tandis qu’Iris continue de faire figure de jeune fille appliquée et brillante, même si les rêves qu’elle raconte semaine après semaine à sa psy sont peuplés du traumatisme de la nuit d’apocalypse au cours de laquelle elle a perdu sa mère. Mais lorsque toutes deux reçoivent un appel au secours de leur père, elles n’hésitent pas longtemps et partent à sa recherche dans le monde « hors les murs », avec l’aide de deux camarades de classe.

Un point de départ potentiellement intéressant, donc : comment des adolescents peuvent-ils s’approprier l’avenir de l’humanité (à commencer par le leur propre) au milieu de ce qui ressemble plus ou moins à un retour général au féodalisme fascisant. Les lendemains d’une apocalypse zombie sont le cadre rêvé pour un récit d’apprentissage comme l’affectionne la littérature Jeune Adulte. Les enjeux sont simples, familiers, mais efficaces et posés avec savoir-faire : on se laisse très facilement entraîner dans le récit, malgré une certaine impression de déjà-vu, et les différentes pièces du puzzle s’imbriquent à merveille. On peut regretter des effets spéciaux inégaux (les « marcheurs » sont à nouveau relégués au rang de faire-valoir), mais impossible de prétendre qu’ils ne fonctionnent pas : ils connaissent leurs limites et ne cherchent jamais à en faire trop, laissant la place aux personnages, à leurs relations et à leurs débats intérieurs. On ne laisserait volontiers porter par le récit, en saluant cette volonté somme toute louable de faire découvrir une « autre » facette d’un même univers fictionnel, avec son propre angle, ses propres héros et ses propres codes, s’il n’y avait pas, justement, ces partis pris de série teenage qui la font ressembler à un catalogue de clichés : les héroïnes aux caractères opposés et complémentaires, les traumas familiaux, les questionnements adolescents, les adultes sur lesquels on ne peut pas compter (voire qu’on doit combattre), la confrontation à cet inconnu effrayant qu’est le monde extérieur, etc. Reste à voir si la série parviendra à dépasser ces clichés et à nous proposer plus qu’un divertissement formaté, mais rien n’est moins sûr.

À ses meilleures heures, The Walking Dead réunissait régulièrement plus de 13 millions de spectateurs. Mais incapable de se renouveler, ni dans ses thèmes ni dans ses enjeux, et préférant se reposer paresseusement sur des artifices de plus en plus visibles (la tension des conflits reposant toujours sur les mêmes schémas, la lenteur du récit ponctué d’explosions répétitives saison après saison), elle n’intéresse désormais plus chaque semaine aux États-Unis qu’environ 3 ou 4 millions de fans hardcore (ce qui en fait quand même, cela dit, toujours l’une des séries phares de son diffuseur, AMC). Son premier spin-off, Fear the Walking Dead, avait tenté dès 2015 de raconter une autre histoire, celle des premiers humains confrontés à l’épidémie. Hélas, dès sa deuxième saison, le spin-off témoigne des mêmes défauts que sa grande sœur, s’évertue à raconter sans cesse la même histoire avec, de plus, des personnages moins charismatiques et perd encore plus rapidement ses spectateurs : des sept millions de la première saison, il n’en reste plus qu’un ou deux grand maximum aujourd’hui.

World Beyond est donc de toute évidence une nouvelle tentative pour « sauver la franchise », cette fois en s’adressant explicitement à un public adolescent, mais en faisant également des appels du pied peu discrets en direction des fidèles de la The Walking Dead originale : ainsi son showrunner Matthew Negrete a-t-il sous-entendu que cette nouvelle série nous apprendra des choses sur le destin pour l’instant mystérieux de Rick Grimes, personnage principal (et très aimé) disparu au cours de la saison 9. On peut cependant douter que les fans de la première heure accrochent à cette nouvelle proposition sage et assez lisse. Tout comme il est peu probable que les adolescents et jeunes adultes qui découvriraient cet univers partagé par le biais de World Beyond deviennent ensuite des aficionados de la série originale. L’opération ressemble décidément beaucoup à une simple tentative de capitaliser au maximum sur un univers à succès et de prolonger son exploitation le plus longtemps possible.

The Walking Dead : World Beyond est-il efficace et plaisant à suivre ? Certainement. Est-il nécessaire ? Sûrement pas. Nous n’en sommes bien entendu qu’au début de cette nouvelle aventure (annoncée pour tenir en deux saisons de dix épisodes), mais il semble peu probable qu’elle soit autre chose qu’un exercice de style pas désagréable, mais aux visées bien plus commerciales qu’artistiques.

Adaptation d’une série de romans à succès, ce film sur Netflix, obnubilé par son cahier des charges féministe, en oublie de soigner fond et forme. 

Chercheur au CNRS, Renaud Guillemin a participé à la nouvelle édition du classique de Frank Herbert parue chez Robert Laffont. Explication des corrections.

007. Plus qu’un matricule, une marque de fabrique, un passeport vers l’aventure, une machine à cash, un super-héros en smoking. Son nom est Bond, James Bond, et depuis 1962 le grand écran vibre au rythme de ses tribulations et de ses interprètes. Notre mission sur ce hors-série : aller au-delà du phénomène commercial pour sonder la nature profonde de l’espion créé par Ian Flemming. 

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Source: https://www.lepoint.fr/pop-culture/the-walking-dead-world-beyond-au-bord-de-la-mort-cerebrale-05-10-2020-2394901_2920.php

Walking Dead : World Beyond

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